Pertubateurs endocriniens: la Commission européenne doit revoir sa copie!

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Depuis 7 ans, je participe au Parlement européen à la rédaction de résolutions demandant une législation européenne pour lutter contre les perturbateurs endocriniens.

Baisse de la fertilité masculine, puberté précoce, obésité, diabète, malformations congénitales, cancers du sein: la part de ces maladies attribuable aux perturbateurs endocriniens coûte chaque année à l’Union européenne plus de 157 milliards d’euros, soit environ 1,23% du produit intérieur brut (PIB) de l’Union.  Ils sont présents partout autour de nous, dans les pesticides, les cosmétiques, les emballages, les jouets pour enfants et même dans certains dispositifs médicaux!

Aujourd’hui, il n’existe toujours pas de législation européenne spécifique aux perturbateurs endocriniens malgré les demandes insistantes du Parlement européen et de certains États membres comme la France.

Attendue pour décembre 2013, cette législation s’est transformée en une évaluation de l’impact économique de l’interdiction des perturbateurs endocriniens sur les entreprises européennes.

En agissant ainsi, la Commission européenne a donné l’impression qu’elle faisait passer les intérêts économiques de l’industrie chimique avant l’intérêt général des citoyens européens.

Sur ce dossier, le lobbying des industries chimiques est très puissant pour ne pas dire effrayant ! Les entreprises estiment à 65 milliards d’euros les pertes de bénéfices qu’entraîneraient l’adoption de critères de classification. Il est plus facile d’estimer des pertes de bénéfices pour les industries que d’estimer combien vaut votre prostate, votre sein ou le cerveau de votre enfant.

À l’initiative de la Suède, et avec le plein soutien du Parlement européen et de la France notamment, la Cour de justice de l’Union européenne a condamné la Commission européenne pour son inaction le 16 décembre 2015.

Une dizaine de résolution du Parlement européen plus tard et 3 ans après le délai fixé, la Commission européenne a finalement publié, le 15 juin dernier, son paquet législatif qui est censé déterminer si un produit chimique est ou n’est pas un perturbateur endocrinien. 

Comme l’a souligné une centaine de scientifiques européens et américains dans une tribune publiée dans Le Monde le 29 novembre 2016, ce paquet législatif fait la part belle à l’industrie chimique au détriment de la santé des citoyens européens. 

En évitant de dresser une liste précise des perturbateurs endocriniens, la Commission européenne s’est attirée les foudres de certains députés européens et États membres (dont la France).

Entre juin et décembre 2016, la Commission a été chargée de revoir sa copie. Malheureusement, le résultat est encore plus décevant six mois après. L’empreinte de l’industrie chimique sur ce dossier est plus que flagrante !

Dans sa nouvelle mouture, la Commission européenne introduit un amendement qui établit une dérogation pour tout un groupe de pesticides qui ont justement la particularité… d’être des perturbateurs endocriniens ! En France, cette dérogation concernerait plus de 8 700 tonnes de pesticides qui perturbent actuellement le système hormonal d’ « organismes nuisibles ». Ces « nuisibles » sont notamment les plantes, les coccinelles et les écureuils.

Cette idée de dérogation n’est pas nouvelle ! Elle a été suggérée à la Commission européenne par des employés des trois fabricants des pesticides BASF, Bayer et Syngenta en 2013. Le nouvel amendement proposé par la Commission ressemble à s’y méprendre à la note rédigée par les géants de l’agrochimie.

Aujourd’hui, les États membres étaient appelés à voter sur la nouvelle proposition de la Commission. Face aux premières réactions d’insatisfaction d’états membres comme la France, la Belgique et la Suède, il est à fort à parier que ce vote sera reporté.

De mon point de vue, cette nouvelle mouture constitue un véritable recul dans l’action de l’Union européenne de protection de la santé de nos concitoyens et de notre environnement.

La Commission européenne doit une fois de plus revoir sa copie ! Elle doit nous démontrer qu’elle est capable de résister aux pressions politiques et économiques de l’industrie agro-chimique!  Le principe de précaution doit systématiquement prévaloir ! Notre europe doit avant tout être une Europe protectrice !